Le retour de la Mode Hippie Chic

Irrésistible envie du retour aux 60’s.

Il y a quelques jours, on célébrait les 50 ans du Festival de Woodstock, point culminant du mouvement hippie. Nous connaissons tellement bien ces clichés aux couleurs passées, ces images dont on ne se lasse jamais. Pendant ces trois jours dans la boue de Bethel, est née une iconographie qui continue de nous faire rêver : filles et garçons aux cheveux longs, barbes généreuses, vêtements imprimés à fleurs, pantalons “pattes d’eph”… Assaisonnée de solo de guitares mysthiques, de « peace and love » et de substances hallucinogènes. Cinq décennies plus tard, quel est l’héritage ? « Cette iconographie est plus vivace que jamais, elle inspire encore et toujours une certaine avant-garde. Actuellement, elle atteint son paroxysme », commente Thomas Zylberman, du bureau de tendances Carlin Creative. Les hippies sont-ils de retour ? Non. En tout cas, pas sous la forme originelle. Mais on constate que bourgeonne aujourd’hui un lifestyle “néo-bohème” ou “hippie chic”, qui reprend largement les codes de la culture alternative des années 1960-1970. Les signes annonciateurs, sont sur les podiums qui voient, depuis quelques saisons, se multiplier les “hommages” et “références” aux 70’s. Les fleurs ont éclos dans les « prairie dresses » des influenceuses. Exemple : des pantalons “flare” associés avec une paire de sabots suédois. Carrément ! Repairez aussi les paniers birkiniens aux bras de nombreuses les fashionistas. Sans parler des grands foulards imprimés de motifs indiens, des chemises folks ou des T-shirts tie and dye , qui ont envahi les garde-robes pour l’été. Dans le domaine de la décoration, c’est même encore plus flagrant. Suspensions en osier, mobilier en rotin, poteries terra cotta, tapis berbères du Maroc, fleurs séchées… C’est le grand déballage de cette esthétique bohème devenue si chic. Les destinations touristiques en vue sont alignées (les mêmes depuis les 60’s) : Minorque, Formentera, Essaouira, Patmos, Trancoso… Autant de lieux emblématiques de cet état d’esprit très “baba-cool”.

Flower Power is Back !

Mais, au-delà de l’esthétique, pourquoi notre époque s’intéresse-t-elle tant à état d’esprit : le Flower Power ? Quelle essence y cherchons-nous ? Y-a t-il encore un parfum qui soit contemporain ? « On ressent aujourd’hui un besoin profond de se tourner vers la nature, analyse le sociologue Rémy Oudghiri (1), directeur général de Sociovision. Et on est de plus en plus critique vis-à-vis de la société de consommation, qui ne tient pas ses promesses de bonheur. Le sentiment se diffuse que ce modèle ne peut durer indéfiniment, qu’il est moins porteur de sens. » A l’instar de la pensée hippie, l’envie dominante est celle du retour au naturel. Les grandes villes sont angoissantes, la pollution nous affaiblit, le réchauffement climatique se révèle (enfin) dans la conscience collective partout sur la planète, le sentiment d’urgence écologique devient réalité … La forêt revient comme une entité fragile et salvatrice, qu’il faut protéger. En témoigne l’émotion et le débat mondial autour de la forêt amazonienne qui brûle lamentablement sans action du Brésil. Les citadins réfléchissent à s’établir en zone rurale et certains se convertissent en agriculteurs pour donner du sens à leur action au quotidien. Ce sentiment s’illustre dans le livre de Florence Besson, sous forme d’odyssée personnelle, avec un titre évocateur : « Toucher terre » (éd. Flammarion). Bien sûr, on ne veut pas aller vivre en communauté sur le plateau du Larzac ou dans les Cévennes : trop cliché. Mais on commence à cultiver trois ou quatre légumes sur son balcon et à coucounner quelques plantes vertes.

Cultiver et se cultiver.

Finalement, on redécouvre la sérénité qu’apporte le contact avec les végétaux : le calme régénérant, le ralentissement apaisant, et j’en passe. Rajoutez une petit lecture de « Walden ou la vie dans les bois », de Henry David Thoreau : « J’ai la nostalgie d’une de ces vieilles routes sinueuses et inhabitées qui mènent hors des villes… une route qui conduise aux confins de la terre… où l’esprit est libre… » « Les hippies s’intéressaient déjà à l’agriculture biologique et étaient sensibilisés à la condition animale et à la lutte contre la pollution », rappelle Nathalie Damery, présidente de L’ObsSoCo (3). Déjà, on remettait en cause la société industrielle par la critique du travail insensé et des valeurs de (sur)performance. Il est clair que cette aspiration est très contemporaine : lever le pied, sortir des cadences infernales que nous imposent le monde de l’entreprise, fuir l’obsession du profit, s’échapper du pièges des réseaux sociaux ! « D’après une étude menée par Sociovision, 55 % des Français rêvent de ralentir. Ils étaient 40 % il y a dix ans, c’est un chiffre en constante augmentation », souligne Rémy Oudghiri. Comme dans les années 1960, le bien-être revient au centre de nos préoccupations. À l’époque, on redécouvrait la sagesse orientale et on s’initiait au yoga. De nos jours, la pratique de cette discipline d’origine indienne conquiert sans cesse de nouveaux adeptes, désireux de vibrer au diapason de l’univers, de reconnecter leur corps et leur mental, de réapprendre à vivre ici et maintenant.

Un néo-hippie plus sain ?

Pour être réaliste, il faut tout de même nuancer. L’inspiration et l’héritage hippie passe au tamis de l’histoire et des standards de notre époque. Il n’est bien sûr plus question de trips au LSD et d’expériences psychédéliques pour atteindre des états de conscience modifiés ! Merci pour l’apport culturel et bravo pour la disruption artistique. Mais le mouvement est “mort” de ses excès, après l’overdose de ses icônes (Jim Morisson, Janis Japlin, Jimi Hendrix). Cinquante ans après, la médecine nous a révélé tout ce qui est mauvais pour le corps, et s’est installé une obsession de la santé vire de plus en plus souvent à l’hygiénisme. La santé publique nous martèlent qu’il faut arrêter de boire, de fumer, de manger gras et de s’exposer au soleil. Finalement c’est l’excès à répétition de tout ça qui “tue” , mais sans ça, la vie est vraiment très grise. L’heure est aux 5 fruits et légumes par jour et au sport, sous une bonne tartine de crème solaire. L’ambiance n’est pas franchement « summer of love ».

Fleurir ses angoisses ?

« Avec ce revival hippie, on s’adonne à une nostalgie heureuse, une nostalgie pour un âge d’or où la contestation se faisait de manière joyeuse, collective. Les soixante-huitards avaient le sentiment de pouvoir transformer le monde à travers un certain hédonisme. Ce qui n’est plus d’actualité aujourd’hui », reprend Nathalie Damery. En résumé : peu de joie, zéro d’insouciance, mais de la peur latente et un grand individualisme. « Notre société est anxiogène, analyse Nathalie Damery. Certains versent dans la collapsologie, n’envisageant que l’aspect catastrophiste de la situation. D’autres rejouent la bohème des années 1960 et 1970. Il me semble que cette résurrection hippie est une tentative d’aller vers quelque chose d’un peu plus solaire. » Traduction : habiller vos angoisses avec de jolis habits fleuris. Pas franchement spirituel tout ça !

Une récupération ou tendance ?

Et oui, l’industrie sait récupérer les idées anti-conso. Le marketing est se sert des attitudes contestataires pour mieux segmenter son offre. C’est plus tranché ! Du coup, le revival hippie pourrait être initié et encouragé pour des raisons marchandes ? Comme rien n’est blanc ou noir, la vérité est plus proche d’un mélange de véritable envie, de fantasme et d’économie. C’est une tendance de fond, pas un feu de paille comme le mouvement originel. les gens ne remettent pas fondamentalement en cause le modèle dominant. Ils ne veulent pas changer de vie, mais l’aménager, l’orienter vers plus d’expérience et moins de matériel. Mais il veulent conserver le matériel qui fait sens, aujourd’hui, avec tout le contexte actuel. Et les entreprises vont leur fournir ce dont ils ont besoin. Les consommateurs obligeront les entreprises à changer pour que leur produit correspondent à ses valeurs plus tolérantes. Quoi de plus normal finalement ? Un peu d’utopie, et un peu de réalisme pour une culture alternative. C’est plutôt positif ! Et si cette nouveau FLOWER POWER était le début d’un chemin, vers uen société qui évolue lentement vers plus de respect envers la nature (et donc nous-même) ? Certes il y a urgence climatique, mais on sait que les ruptures laissent des traces. Un peu de douceur pour un nouveau monde de fleurs ? Laissons-lui le temps de pousser !